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Plaistow again
fluxjazz - dolphy00 - 17 janvier 2012
Il y a moins d'un an, à l'occasion de leur concert parisien, j'avais proposé de télécharger (le plus légalement du monde) le dernier album de Plaistow, “The Crow”. Retour sur ce groupe franco-helvétique pour une vidéo, un concert en fait de près d'une heure, à Lausanne le 1er juillet 2011.
Un trio dont la musique est assez inhabituelle. On y perd ses repères. La composition du groupe est pourtant relativement classique: un piano (Johann Bourquenez), une batterie (Raphaël Ortis) et une guitare basse (Cyril Bondi). Hormi l'utilisation de la guitare à plat, chose devenue assez commune, les autres instruments sont a priori joués d'une manière assez conventionnelle. Mais la musique... Quoique.
On y retrouve l'obsession répétitive (ce qui n'est pas neuf), le dédain de toute trace mélodique (on y est à présent coutumier), une certaine pulsation régulière (d'ailleurs plutôt au piano qu'à la batterie). Mais le traitement d'ensemble peut surprendre. Au début du concert, le piano seul est joué. Des notes très graves, une sorte de bouillonnement sourd. On s'attend à un entrée progressive des deux autres instruments, mais non. Cela s'installe. Et ça dure. Quelques roulements de cymbale au bout de 5 mn, un peu plus tard aussi, mais le piano continu en solo, un discours martelé, à haute intensité.
Il ne s'agit pas seulement d'installer une ambiance, une couleur, mais bien de créer une transe, de dégager un espace quasi bruitiste, un chaos, soumis à d'infimes variations chromatiques, à des empilements de couleurs, de timbres, qui ouvrent la voie aux deux autres instruments... au bout de 8 minutes. Trois instruments majoritairement traités en percussions, quelques frottements aussi, pour une richesse sonore encore plus chaotique, plus déchiquetée.
Et ça fonctionne. On s'y soumet bien volontiers. Une musique improvisée d'une autre sorte. Mais il est dit que ce ne sera pas ainsi. A la demi-heure, la guitare basse quitte l'horizontale pour une musique plus proche encore des ambiances nocturnes, voire quasi interstellaires. Le piano continue son glissement très progressif vers les notes les plus aigües, et nous conduit ainsi vers la fin du set. Fin du voyage.
Un groupe dont la musique semble en évolution continue. A entendre encore, de préférence lors d'un concert.
Plaistow - The Crow
CitizenJazz - Denis Desassis - 28 mars 2011
Autant le dire d’emblée : il est plutôt difficile de cerner en quelques lignes le captivant projet artistique que constitue le trio helvète Plaistow [1] qui a publié à l’automne 2010, après plusieurs galops d’essai sous la forme d’EP’s [2], un premier album sombre et magnétique intitulé The Crow. Un disque pas comme les autres car détaché de toute contrainte, un propos à l’éclectisme inclassable tant les influences sont variées et assimilées dans une écriture alternant free jazz, une pulsation terrienne et des thèmes souvent minimalistes. On a manifestement affaire à de véritables passeurs, à des brasseurs de genres ; d’emblée, Plaistow a donc tout pour nous intéresser. The Crow se présente en outre sous forme de digipack à l’habillage hitchcockien qui renforce la noirceur d’une musique au réel pouvoir d’attraction.
La formule piano/basse/batterie est une des plus éprouvées de l’histoire du jazz, mais chez Plaistow Johann Bourquenez (piano), Raphaël Ortis (basse) et Cyril Bondi (batterie) dynamitent le cadre traditionnel de l’équilibre ; le triangle est équilatéral par les centres d’intérêts revendiqués [3] mais aussi par la façon même de travailler : les musiciens œuvrent en toute liberté à la convergence qui fait l’essence même d’un groupe, mais sans renier leur code génétique propre. Comme s’il n’y avait pas chez Plaistow d’a priori stylistique mais une exigence permanente : une approche libertaire de la musique associée à une esthétique de la profondeur, voire de la gravité.
Jack Bambi avait déjà attiré notre attention voici un peu plus d’un an. Cette longue suite de 25mn mariait les différences dans une belle harmonie, et les scansions du piano - distillant des notes parfois enluminées d’effets [4] - laissaient la place aux attaques en règle d’une basse grondante dans un esprit très zeuhl ; sur quoi les énergies conjuguées se consumaient en une séquence free inimaginable quelques instants plus tôt, juste avant la reprise du thème inaugural dont la force est décuplée par un final emphatique et bluffant. Citons, pour mieux comprendre, le credo de Plaistow : “Privilégier le développement de motifs en perpétuel mouvement qui finissent par s’imposer, ainsi que des morceaux soumis constamment à des possibilités d’évolution multiples”. Ce groupe ose le télescopage des contraires et sait les malaxer à sa guise ; on suggérerait volontiers les expressions hétéroclisme harmonieux, voire bruitisme mélodieux, car il y a dans cette suite un vrai fil conducteur naturel - une âme, en somme ; l’âme d’un trio très prometteur et attachant qui, avec The Crow, confirme tout le bien qu’on avait envie d’en penser.
The Crow s’inscrit en effet dans le droit fil de son prédécesseur : même climat recueilli, même alternance de séquences écrites et improvisées, même volonté de ne pas jouer trois notes lorsque deux suffisent. Mais cette fois, Plaistow peut libérer son inspiration sur une durée plus longue ; et le trio déploie tous les moyens possibles pour séduire, y compris… en ne jouant pas ! Côté explorations sonores et recherches libertaires, Plaistow n’est jamais en reste : dès les premières mesures de “Teekeningen” les instruments se rencontrent, les premiers dialogues s’amorcent - le ton est donné. L’un instille sa couleur pendant que l’autre s’esquive et revient dans la recherche d’un accord, comme s’il s’agissait de s’apprivoiser mutuellement. Un peu plus loin, “Mairie des Lilas” [5] alterne les couleurs en évoquant d’abord la sobriété d’Esbjörn Svensson – à peine quelques notes échappées du piano – pour mieux brouiller les pistes et nous entraîner dans un cheminement incertain, presque nocturne. Rêve ? Réalité ? Le retour au fragile thème initial sera pour tous une porte de sortie. Et que dire de cet autre dialogue, sur “Doppelgänger”, entre la batterie et un archet dont on ne sait s’il est frotté aux cordes du piano ou de la contrebasse ? Pour finir, Plaistow ajoute une proposition plus liquide avec “Altenburg”, dont le motif sériel évoque Philip Glass ou l’énigmatique duo Brian Eno/Robert Fripp. On aura compris que le trio ouvre un horizon le plus large possible et nous emporte avec lui entre brumes rêveuses et noirceur cauchemardesque. Sans jamais se répéter.
Plaistow fait aussi la démonstration d’une belle énergie : avec “Mayakovskaya”, d’abord, dont le thème circulaire et tournoyant au piano renvoie au climat envoûtant de “Jack Bambi”. La basse d’Ortis, implacable, vous plaque au sol. “Full CSS” déploie une rythmique rock dont la ligne de basse pourrait se revendiquer de Hugh Hopper ou Richard Sinclair, dans le plus pur style de l’École de Canterbury. Ainsi propulsé, le piano de Bourquenez s’en donne à “accords joie” avec l’emphase classicisante d’un Brad Meldhau branché sur 220 volts.
Le sommet de The Crow est très probablement la longue composition intitulée “Boomerang”. Son gimmick cérémonieux, qui n’est pas sans évoquer l’ambiance martiale du Magma d’Ëmehntëtt-Rê, installe un climat oppressant dont on ne parvient à s’extraire qu’au prix de longues phases de silence imposées par le trio avec beaucoup de panache, comme autant de respirations. Il faut être culotté pour se payer le luxe d’une série de blancs inquiétants dont la durée avoisine les trente secondes. On ressort de cette alternance de chocs et de temps de récupération incapable de définir ce qui vient de se passer, mais hagard et émerveillé à la fois. The Crow est un disque singulier et captivant, non seulement du fait de la conjugaison de trois talents dont on a hâte de connaître les nouveaux itinéraires, mais parce qu’à aucun moment il ne risque de nous laisser sur le bas-côté malgré l’exigence de son propos. Les sentiers qu’il nous dévoile sont parfois malaisés, souvent troubles, et les directions ne sont pas indiquées ; mais c’est justement cette constance dans l’incertitude qui fait tout son charme - cet oxymore musical est une incitation à suivre les yeux fermés et les oreilles grandes ouvertes, dans un frisson d’inquiétude ravie, le parcours des trois Plaistow.
[1] Le nom du groupe est à chercher dans une composition de Squarepusher, alias Tom Jenkinson, appelée “Plaistow Flex Out”.
[2] Los Criminales reciclados en conductores de autobuses (2007), Do You Feel Lucky (2008), Mobystow (2009) et pour finir en 2010, Jack Bambi, un CD/DVD regroupant, outre une suite inédite enregistrée au Studio 2 de la radio DRS, tous les EP’s ainsi qu’un concert filmé au Zoo/L’Usine de Genève.
[3] Qui ne sont pas naturellement convergents puisque le premier est attiré vers la musique électronique et le deuxième par une énergie plus rock, et que la sensibilité du troisième est plutôt jazz.
[4] On pouvait alors déceler chez Plaistow, dans l’économie de jeu, l’héritage d’Esbjörn Svensson mais aussi de Satie.
[5] Dont une version live était proposée sur le DVD de Jack Bambi.
Plaistow - The Crow
improjazz (F) - Gary May - janvier 2011
Une belle pochette noire, qui une fois ouverte montre l'image d'un corbeau avec des plumes en surimpression, pour un effet à la fois graphique et tactile. La musique, quand à elle, est aussi noire par moment, mais elle oscille aussi vers des chemins ressemblant au Krautrock, ou encore vers des “grooves” funky. Ce qui frappe l'auditeur est la capacité de Johann Bourquenez, Raphaël Ortis et Cyril Bondi de laisser une ambiance se dévoiler lentement, sans chercher des effets faciles. Le Morceau “Mairie des Lilas” en est un bel exemple, ne cédant jamais à la tentation d'augmenter le tempo. Du coup une réelle tension s'installe. La basse de Raphaël Ortis, sur un morceau comme “Full CSS”, n'est pas sans rappeller Hugh Hopper. La très belle performance intitulée “Boomerang” est extrèmement lente et ouvre le champ de manière étonnante à un quasi-silence... En dire plus serait comme réveler la fin d'un roman policier, il faut écouter le disque et se laisser surprendre!
Ceci est un album qu'on peut écouter plusieurs fois sans avoir l'impression de connaître tous ces secrets, ce qui en dit long sur l'intention des musiciens et l'intensité des compositions.
МузЭнерго-10 / Полный Джаз 2.0
jazz.ru - Сергей Бондарьков (S. Bondarkov) - 16 dec 2010
(...) Негласный флагман фестиваля — швейцарское трио Plaistow (фортепиано, электрический бас, ударные) — играет образцовый ню-джаз со всеми его родовыми признаками. В композициях швейцарцев явно слышно влияние электронной музыки — в первую очередь даба (пианист Йохан Буркенез даже эмулирует характерный для даба дилэй, сопровождая взятые на клавиатуре звуки “эхом” ловко приглушенных струн, цепляемых внутри рояля) с его простой, но бронебойной басовой линией и idm с его ломаными ритмами. Музыканты, внешне больше похожие на сноубордистов, играют очень чётко, выверенно, как, простите, хорошие часы. Композиции изобилуют сложными ритмическими построениями, и, судя по тому, что в особо головоломных местах игра пианиста и ударника абсолютно синхронизирована, швейцарцы полагаются скорее на отрепетированность материала, чем на мастерство импровизации. То есть импровизация вроде бы есть (в основном в игре ударника Сирила Бонди), но акцент настолько явно смещен на фиксированную композицию, что в Дубне и в Политехническом я, кажется, послушал два практически идентичных сета — разве что бас Рафаэля Ортиса в зале музея было слышно получше. На откуп музыкальной недетерменированности отдана композиция “Mairie Des Lilas”, названная так в честь станции парижского метро (на альбоме этого года она идёт следом за треком с названием “Mayakovskaya”; как шутят музыканты, станции подземки их очень вдохновляют). Пьеса представляет собой коллективную импровизацию — довольно тихую поначалу, но к концу разрастающуюся в эпическую, но изящную какофонию.
То есть с Plaistow такая история. Звучат они и правда здорово — в основном благодаря мощной игре ударника (не кивать головой в такт просто невозможно) и его взаимодействию с басистом. Даже более того, по-моему, в трио лидирует скорее ритм-секция, чем пианист. Да, тему задаёт Буркенез и, формально, солирует тоже в основном он. Но сами по себе эти мелодии не очень интересны, а развитие, которое предлагает импровизирующий пианист, при всей своей технической изощрённости зачастую довольно предсказуемо. В результате получается странная для джаза (во всяком случае, после бибоп-революции) ситуация, в которой танцевальный грув важнее голоса солиста. И это не плохо — это, что называется, по-другому. Plaistow, как и многие ню-джазовые проекты, гораздо ближе к электронике, чем к джазу. Мне музыка швейцарцев представляется скорее аналоговым воплощением idm, и то, что Буркенез умудряется эмулировать электронный эффект (упомянутый “дилэй”) на живом инструменте, ещё сильнее утверждает меня в этом мнении. Кстати, мимикрия живой музыки под электронную — очень любопытная тенеденция, учитывая тот факт, что первоначально всё было строго наоборот. Но, в конечном счёте, музыка эта безусловно качественная, сыгранная добротно и не без некоторых находок. Так что если вы не относите себя к джазовым пуристам, обязательно имейте в виду этих швейцарцев. (...)
Plaistow - The Crow
jazz.ru - Юрий Льноградский (Iouri Lnogradski) - dec 2010
Когда на альбоме швейцарского коллектива появляется композиция с названием “Mayakovskaya”, впору задуматься. Ни один нормальный швейцарец, если только он не филолог, не в состоянии проникнуть в специфику русского языка настолько, чтобы тем самым реализовать посвящение (эта-де пьеса посвящается поэту, и потому её название — это прилагательное женского рода, как, например, “французская” или “весёлая”). Остаётся предположить, что музыканты знакомы с названием станции метро зелёной ветки — вариант тоже достаточно дикий, но, если уж на то пошло, альбом частично записывался в Москве, на студии Сергея Большакова, а в декабре 2009 года, когда это происходило, я лично селил трио в мини-отель “Султан” на Большой Садовой, в ста метрах от памятника Владимиру Владимировичу. Словом, предысто- рия у записи достаточно забавная и крепко роднящая коллектив с Россией.
Plaistow — из числа тех современных коллективов, которые нашли удачный баланс между собственно музыкой и инфраструктурными реалиями современной Европы. Свои альбомы они, например, выкладывают на официальном сайте для свободного скачивания в качестве “без потерь” и по поводу копирай тов и упущенной прибыли даже не задумываются — делается даже както жаль, что и за них тоже теперь будет собирать с проданных CD болванок деньги Никита Сергеевич Михалков. В гастроли ездят на деньги, полученные от многоуровневых культурных фондов, и гонорара просят не больше, чем иные юные россияне-провинциалы за шанс выступить в Москве. Как тут можно оставаться профессиональными музыкантами, да ещё и получать национальные джазовые премии в номинации “лучшая джаз-группа” — малопонятно, но факт остаётся фактом. Видимо, действительно грядёт какая-то принципиально новая эра в истории музыки, когда интернет позволяет вроде бы малоизвестной группе чувствовать себя ничем не хуже грандов. Plaistow играют непростую импровизационную музыку, вся композиционная составляющая которой часто сводится к одному запоминающемуся монотонному риффу. При полном отсутствии процессорной электроники на сцене (рояль, ударные и обычный комбо-усилитель для бас-гитары) их частенько относят к “электронной музыке” (поскольку таково звучание и настроение); в то же время сами названия композиций (например, “Steve Reich”) настраивают на то, что всё в порядке и с неоклассикой. Фирменный стиль коллектива — это нагнетание внутренней напряжённости, которая взрывается в конце концов так, что мало не кажется никому.
На новом альбоме наиболее показательна, наверное, пятнадцатиминутная пьеса “Boomerang”, которая одновременно и авангардна, и нетороплива, и отчётливо самобытна. Знаменитые Bohren & Der Club Of Gore, например, тоже умеют дать медленного джазу. Но Plaistow идёт дальше и вставляет в пьесу четыре сорокасекундных (!) паузы, разделённых лишь нейтральными точечными аккордами. Тут, простите, за одну наглость надо ордена давать. В той же “Маяковской”, которая начинается чуть ли не как лиричная фортепианная баллада с чётко выраженным неторопливым ритмом, слушателя ждёт в развитии темы откровенный drum’n’bass. В великолепной “Full CSS” (тоже недурное название) вся троица и вовсе рубит самый что ни на есть современный джаз, который не отвратил бы и поклонников мэйнстрима на какойнибудь чопорной сцене.
Словом, “The Crow” — альбом крайне разнообразный, несмотря на минималистический инструментальный состав, и альбом крайне талантливый. На записи наиболее убедителен и содержателен, безусловно, пианист Йохан Буркенез, (кстати, гражданин Франции, а не Швейцарии), но на живых концертах основная энергетика идёт от басиста Рафаэля Ортиса, а самым харизматичным остаётся, конечно, барабанщик Сирил Бонди — здоровенный детина с дредами, поведение которого за ударной установкой — это отдельное “кино и немцы”. Почему упомянут живой концерт? А потому, что в ближайшем будущем Plaistow снова в России, и на их концертах удастся не только приобрести жёсткую копию “The Crow” и ранних альбомов, и пропитаться той действительно бесподобной энергетикой, что этот коллектив несёт вживую. 30го ноября Plaistow будут играть в большом сборном концерте в Политехническом музее, 5 декабря дадут сольный концерт в ДОМе, а за весь тур (с 26 ноября до 7 декабря) посетят также Дубну, Петербург, Самару, Архангельск, Екатеринбург Электросталь в рамках фестиваля “МузЭнерго”.
В общем-то — да. Это реклама. Чего уж там. Беззастенчиво проплаченная тем удовольствием, которое я получаю от музыки этого замечательного коллектива и которое уже второй раз побуждает меня везти его в Россию. Я же не виноват, что они так вовремя выпустили очередной диск, если вдуматься.
And now for something completely different
Moscow News (RU) - N.66 - 26-29 nov. 2010
(...) The music by the Swiss band Plaistow is often dubbed “post jazz”. However, what Plaistow actually does often defies genre definitions and could be anything from minimalism to improvisation. (...)
Plaistow - The Crow
progressia.net (F) - Mathieu Carré - 27 octobre 2010
Quand l'inspiration et l'envie de jouer s'amalgament, un groupe peut vite avancer à pas de géants. Sûrs de leurs convictions, les Suisses foncent sans se retourner, se forgent une véritable identité sonore et s'imposent avec The Crow en tant que formation à suivre de toute urgence. Comme sur le stimulant Jack Bambi (2009), leur science du timing et de l'écoute mutuelle saute aux oreilles, mais en plus ils arrivent à élargir leur champ d'action avec une aisance déconcertante. Naturellement, la basse puissante transcende d'un groove sombre les sonorités classiques du piano sur certains morceaux et laisse deviner un océan de possibilités pour cette formule innovante. Plus loin encore, même lorsqu'ils s'essaient aux univers plus expérimentaux en jouant avec presque rien (quelques notes, un motif, une cymbale), les trois Helvètes parviennent à rester captivants. Le long numéro d'équilibriste de “Boomerang” en apporte la preuve ; alors que la musique s'étiole et que Plaistow emploie le silence jusqu'à l'extrême, la tension demeure, et avec une simple note, le décor se remet en place en un instant. Un grand numéro de voltige et de maîtrise pour un disque à découvrir sans délai.
When inspiration and envy to play amalgamate, a band can move forward with giant steps. Sure about their convictions, the Swiss go straight without looking back, creating a true sonor identity of their own, and assert themselves with The Crow as a formation which must be followed urgently. As on the stimulating Jack Bambi (2009), their science of timing and listening each other jumps to the ear, but on the top of that, they manage to widen their range of action with a disconcerting ease. Naturally, the powerful bass transcends, in a dark groove, the piano's classical sonorities on a few tracks, and shows an ocean of possibilities with this innovating formula. Furthermore, even when they try more experimental universes by playing with almost nothing (a few notes, a motif, a cymbal), the three Swiss succeed in remaining captivating. "Boomerang'"s long tightrope act proves it, while music weakens and Plaistow uses silence to the extreme, the tension stays, and with a simple note, the decor gets back in place in no time. A great number of aerobatics and mastership for a disk to check out right now!
Plaistow - une logique progressive implacable...
CultureJazz (F) - Jean Buzelin - 21 octobre 2010
J’avouerai, en préambule, manquer de compétences critiques face à ces productions musicales actuelles hybrides qui semblent avoir assimilé, pour les meilleures, le jazz, le rock ou les musiques contemporaines et électroacoustiques, et avoir traduit toutes ces connaissances en véritables créations. Or, l’écoute et la réécoute de ces enregistrements a fait passer ma simple curiosité à un vif intérêt puis à une fascination certaine.
Les membres du trio suisse Plaistow savent, avec une maîtrise et une conscience remarquables, faire monter la tension avec une logique progressive implacable, n’hésitant pas à reprendre l’ouvrage et à travailler certaines pièces jusqu’à une sorte de perfection formelle ; on peut comparer plusieurs versions de certaines pièces sur les différents enregistrements proposés. Le travail méticuleux et souvent très minimaliste — un morceau s’appelle Steve Reich — voire pointilliste du pianiste Johann Bourquenez se remarque lors de ses improvisations très pensées et travaillées, tandis que Raphaël Ortis et Cyril Bondi, qui produisent volontiers un “gros son”, semblent au contraire apporter une coloration rock. Contraste apparent si l’on suit bien leur partie, pleine de méandres et parfois très “concrète” (bruitiste). Si le disque simple “The Crow” semble être un aboutissement (provisoire, avec ses longs silences ?), plus que “Jack Bambi”, ce sont surtout les deux “EP” (suppléments du DVD) très construits, volontiers proches des musiques répétitives, et dont l’un se termine sur une sorte de ballade (promenade), qui en offrent le complément le plus passionnant. Dommage qu’il faille les écouter sur sa télé, sans image, car, paradoxalement, c’est le concert filmé qui paraît le plus ennuyeux. Problème récurrent de ces DVD live qui nous laissent le cul entre deux chaises, c’est-à-dire entre le disque et le concert en ôtant le plaisir de l’écoute comme celui d’être dans la salle.
Plaistow - Jack Bambi
Progressia (F) - Mathieu Carré - 19 Août 2010
Ce trio suisse (piano, basse électrique, batterie) revendique le terme ambigu de “post-jazz” pour se définir, et si cette dernière dénomination ne donne en aucun cas une idée de la musique de la formation, elle oriente bel et bien sur ses intentions. Redécouvrant à son tour les possibilités immenses d'une formule compacte mais toujours fertile, Plaistow s'inscrit même en marge de groupes tels que The Bad Plus ou EST, en abolissant presque le concept de mélodie pour jouer principalement sur les ambiances et les contrastes.
La cohérence et la qualité de l'écoute entre les musiciens s'imposent comme les vertus premières du trio, vertus bienvenues tant l'impression étrange d'écouter trois accompagnateurs jouer ensemble s'installe insidieusement par instants. Ce n'est ainsi pas un hasard si au détour du concert enregistré sur le DVD on découvre “Steve Reich”, en hommage au maitre des superpositions et des minuscules variations, qui s'avère vraisemblablement une source d'inspiration puissante pour ces Helvètes.
Mais si le DVD éclaire le travail du groupe et de ses interactions (et offre en plus en bonus la possibilité d'écouter leurs deux précédents EP pour en faire un luxueux complément), le plat de résistance reste incontestablement “Jack Bambi”, fresque futuriste, compacte et puissante, qui déambule en quelque vingt-quatre minutes entre leurs multiples influences. Très écrite mais incroyablement inspirée, cette pièce monumentale mérite à elle seule le détour. Parfois un peu bruitiste, parfois un peu oriental, parfois axé vers les musiques électroniques (notamment grâce au jeu de basse électrique de Raphaël Ortis), Plaistow parvient en son sein à amalgamer toutes ses influences comme par magie, et Johann Bourquenez trouve même un peu de sensibilité dans son jeu de piano que l'exigence des compositions aurait pu éradiquer. Dans un style différent, on pourrait penser à Nik Bärtsch, autre Helvète fascinant à travers cette approche atypique et rationnelle de la musique.
Il reste à espérer que ces jeunes gens ont encore beaucoup à offrir car leur ouverture aux nouvelles musiques (avec entre autres un remix inspiré par DSER de “Dessert à la cave”) et leur absence totale de complexe dans l'abord de leurs instruments font de Plaistow un groupe à suivre pour les mois à venir.
Manifeste d'Ouverture Stylistique
Le Courrier (Genève, CH) - Christian Steulet - 1 may 2010
Des thèmes simples aux mélodies lancinantes, des improvisations débridées, des rythmiques cassées qui hésitent entre rock et dub: Plaistow joue la musique comme elle vient et fait feu de tout bois. Le dernier opus du trio genevois, décoré d'un surréaliste corbeau, s'ouvre à l'électronique et aux recherches phoniques sans pour autant dénaturer la très acoustique triangulation piano-basse-batterie.
La puissance de jeu de Cyril Bondi à la batterie, de Raphaël Ortis à la basse et de Johann Bourquenez au piano réside dans cette aptitude rare à associer des références aussi disparates. Les trois complices trouvent leur cohérence dans l'opposition, la fracture, le constat musical et son dépassement immédiat. Ils n'hésitent pas à mettre en jeu le silence et la respiration même de la musique.
De ce laboratoire inspiré naissent chaque année de nouveaux matériaux qui forment, avec le temps et les concerts, un vivant manifeste pour l'ouverture stylistique.
Aus dem Spielfluss heraus
Der Bund (Bern, CH) - Georg Modestin - 30 avr 2010
Es wäre ein reizvolles Unterfangen, die Geschichte der Populärmusik für einmal konsequent durch die Brille des Jazz zu betrachten.
In der Tat gibt es wohl kaum eine Spielrichtung des Pop, die sich nicht auf die eine oder andere Weise im Jazz niedergeschlagen hätte.
Die populäre Musik der Zeit bildet eine nie versiegende Inspirationsquelle, die es dem Jazz erlaubt, sich immer wieder zu erneuern. Diese Jazzse nsibilität, die sich in einem spielerisch-experimentellen Ansatz widerspiegelt – nicht etwa in einer genau definierten Formensammlung –, ist auch den Teilhabern von Plaistow eigen, einem Trio aus dem äussersten Zipfel der Westschweiz, das mit “The Crow” das erste Longplay-Album seiner dreijährigen Bandgeschichte vorlegt. Dass die CD auf dem Jazzsparten-Label Unit Records (Musikvertrieb) erscheint, hat seine Richtigkeit, auch wenn das, was darauf zu hören ist, schwerlich dem entspricht, was man sich gemeinhin unter der Etikette “Jazz” vorstellt.
Vielmehr zeigen der Schlagzeuger Cyril Bondi, der Pianist Johann Bourquenez und der Bassist Raphaël Ortis, wie sich so unterschiedliche Einflüsse wie Metal, Punk oder Pop mit dem Geist des Freejazz einfangen und zu wahrhaft “unerhörten” Verbindungen zusammenfügen lassen. Die einzelnen Titel sind nicht am kompositorischen Reissbrett gezeichnet worden, sondern hörbar aus dem Spielfluss hervorgegangen, was sich in einer erfrischenden Unmittelbarkeit des Ausdrucks äussert.
Plaistow - The Crow
www.jazzin.rs - 13 apr 2010
Plaistow su zanimljiva pojava u svetu savremenog džeza. Dolaze sa švajcarske scene koja se može pohvaliti jedinstvenim muzičkim projektima s osloncem u minimalizmu, strukturiranim i u nešto manjoj meri slobodnim improvizacijama, gde je pojedinac podređen kolektivu.
Trio čine Johann Bourquenez na klaviru, Raphaël Ortis na basu i Cyril Bondi na bubnjevima. Sva tri muzičara su aktivna u raznim postavama, a posebno bubnjar koji je zapažen na elektro-akustičnim izdanjima mnogih zvučnih eksperimentatora i na nastupima koji se organizuju u Švajcarskoj i zemljama okruženja. Ipak, ovi muzičari su se najviše emancipovali upravo kroz Plaistow projekat.
Za sam trio vezuju se zanimljive pojedinosti koje i bez slušanja pružaju dojam o njihovom poimanju muzike, kao i odnosu na relaciji muzičar-slušalac. Tako, na primer, naziv trija potiče od imena numere Plaistow Flex Out, čuvenog IDM i elektro-džez producenta Squarepushera. Bitno je pomenuti i da su im sva izdanja dostupna za besplatan download, što treba pozdraviti kao vid nezavisnosti i fer odnosa prema publici.
Posle prošlogodišnjeg kratkosvirajućeg CD-a Tariel urađenog sa hip-hop postavom Mobydick i izdanja Jack Bambi (CD+DVD, zapis živog nastupa iz kluba Zoo u Ženevi), Plaistow izdaju prvi LP album The Crow kojim i dalje u tradicionalnoj klavir-bas-bubanj formaciji sjedinjuju džez i tekovine minimalističke muzike na veoma maštovit i inventivan način, kombinujući studijske i žive sešne.
Njihov pristup sastoji se u preklapanju i oneobičavanju sopstvenih muzičkih interesovanja uz skoro neprimetno obogaćivanje sadržaja raznolikim tematskim minijaturama. Muzika nalazi potporu u stabilnom, ali i “živom” ritmu, koji čini da teme evoluiraju pokazujući više različitih lica.
Pored nervozne Teekeningen i Doppelganger, elegantne Mayakovskaya i energično-motorične Full CSS, na albumu imamo i već ranije objavljivanu numeru Mairie Des Lilas sa njihovog prvog CD-a, sada u pomalo modifikovanoj, apstraktnijoj i mračnijoj verziji, sa čestim periodima tišine. Tu je i umereno nojzični remiks teme Altenburg urađen od strane elektro-akustičnog improvizatora poznatog kao D’Incise. Mračni minimalistički “dum-džez” u petnaestominutnoj kompoziciji Boomerang je zvučna novina u odnosu na prethodne radove, i dopire do slušalaca u vidu dubokih odjeka muzike nemačkih mračnjaka Bohren & Der Club Of Gore ili Jamie Saftovog i Bobby Previtovog dueta Swami Lateplate, sa karakterističnim Plaistow “dodirom”.
Naizgled klasičan klavirski džez trio još jednom je ponudio svežu, uzbudljivu i raznoliku muziku kakve se ne bi postideli ni iskusniji muzičari srodne orijentacije, uspevši da minimalnim sredstvima ostvari – maksimalni efekat.
Plaistow - Jack Bambi
jazz.pt - Rui Eduardo Paes - mar 2010
Numa embalagem graficamente muito atraente, os Plaistow de Johann Bourquenez, Raphael Ortiz e Cyril Bondi juntam um CD com o francamente interessante “Jack Bambi”, em que se dedicam a um híbrido de jazz e drum 'n' bass, com um DVD no qual tocam ao vivo e a que acrescentam, em áudio apenas, os EPs “Los Criminales Reciclados” e “Do You Feel Lucky?”. A prestação captada em vídeo não convence (inclusive pelos maus efeitos utilizados), e isso não obstante os alguns positivos momentos musicais: o trio parece apostado em ir visitando, uma a uma, várias abordagens possíveis – estas vão do universo de Keith Jarrett ao de Steve Reich, com passagem algo espúria pela improvisação abstracta, ficando por estabelecer uma identidade única e própria. O melhor que encontramos é a performance em sexteto do grupo com Michel Wintsch, Cyril Moulas e Nicolas Field sairá defraudado: não se consegue lá chegar.
Piano trios
Free Jazz Stef - dec 2009
Some good news is coming from Switzerland though. Plaistow is a young band, with Johann Bourquenez on piano, Raphaël Ortis on bass and Cyril Bondi on drums. Like E.S.T. they integrate elements from rock music in their jazz, which gives the music a very young and modern flavor, and they add a dose of madness and chaos that the late Esbjörn Svensson did not have. These guys go for it. They do what they like. True, some of the shifts are quite sudden, and it does not always sound very coordinated, but these are just minor ailments compared to their drive and innovative power. The record has a DVD with it, on which Michel Wintsch of the WHO Trio joins on piano, together with Cyril Moulas on bass and Nicolas Field on drums. The DVD is a little chaotic, but the CD is absolutely great, and wild, and sensitive. Traditionalists, please abstain. This is post-jazz!