Jojo Guitare

(english text below)

Johann Bourquenez · Jojo Guitare Vol. 4

2 Mars 2021

Un matin, début Mars 2019, j’ai sorti ma vieille guitare électrique du placard et j’ai joué.

Ça faisait un an et demi sans avoir joué une seule note. Rien du tout, depuis mon dernier concert, avec In Girum à Brest, avec Sylvain Darrifourcq, d’ailleurs aussi la dernière fois que j’ai pris l’avion, pour faire Marseille-Brest. Je me rappelle l’atterrissage, j’écoutais Starless de King Crimson et c’était beau.

Je trimballais cette guitare depuis plusieurs années, je l’avais déjà dans un placard quand j’habitais à Genève. C’est une Framus « demi-caisse » du début des années 60. C’est l’ancienne guitare de mon père, qui est mort en 2013, et c’est mon unique héritage. Je la connais depuis que je suis né. Elle est belle et je l’aime beaucoup. Je l’ai nettoyée, j’ai acheté des cordes, et j'ai réglé ce que je pouvais. C'est une précieuse et vieille guitare vintage, il faudrait la confier à un luthier pour une vraie restauration.

Tout est devenu guitare assez rapidement. J’ai offert une classique à ma copine et je lui ai appris à jouer. J’ai visité les magasins de Marseille, j’ai essayé des acoustiques, ça m'a plu, je me suis demandé ce que je faisais de ma vie. Je suis allé voir mon vieux pote Jean-Marc à Toulouse, et j’ai appris à jouer les accords de Giant Steps, un été au soleil, c’était super. En plus c’était son anniversaire et on a bu des coups. C’était fou de retrouver son Real Book en clé de Fa, après toutes ces années d’experimentalo-noise et de post bidules. Ça m’a fait remonter plein de souvenirs, rien qu’en regardant ces partitions que j’avais vues au quotidien, de longues années auparavant.

Quelques temps après ça, une belle et généreuse muse, un peu dodue, m’a permis de m’offrir la Lyre de la Damnation et de la Renaissance, c’est à dire une Kremona F-10, une belle acoustique, ma guitare !

Je me suis replongé dans des systèmes musicaux que j’avais plus ou moins survolés, par snobisme, par peur, par névrose, par égo-connerie, en proportions diverses. Ça m’a fait ré-étudier et bien comprendre des choses. Dans l’enthousiasme j’ai fait une petite série de cours d’harmonie musicale pour un pote, sur un ton désinvolte, et après j’en ai fait un petit site : http://www.edogm.net/harmonie. Et ça a l’air de marcher, il y a vraiment des gens qui ont appris quelque chose avec, ils me l’ont dit !

Dès le début j’ai voulu jouer des chansons et chanter, c’était la principale envie. Après un an et quelques, j’ai commencé à enregistrer des machins, pour m’auto-évaluer, et pour faire écouter à quelques ami.es. C’est le début de la série des « Jojo Guitare ! ». À ce moment-là, en Mai 2020, j’avais une liste de quinze morceaux que je voulais apprendre. Je me suis dit que j’en ferai trois tous les trimestres ou quelque chose dans le genre, et en fait, c’est ce qui s’est passé.

Mais juste après le premier enregistrement, parce que j’avais trop forcé sur mes petits muscles, j’ai du m’arrêter de jouer pendant trois mois pour soigner une double tendinite à la main gauche. C’était pas marrant, mais ça m’a permis, non ça m’a obligé à me mettre à travailler le chant séparément. Alors je suis allé au grenier et j’ai braillé. J’ai téléchargé une appli de piano pour avoir la hauteur des notes, et un jour je me suis trouvé quand même un peu con, suant au grenier, en marcel, en train de faire des « accords » sur mon « clavier » de « Perfect Piano ». J’ai senti comme un genre de grand écart, entre mon ancienne pratique du piano, des heures et des heures par jour, les Steinway et les Bösendorfer que j’ai joué devant des centaines de personnes, et mes doigts qui glissaient maladroitement sur l’écran tactile pour faire un Do Majeur.

Alors au solstice d'été, une grande, belle et lubrique vestale m'a permis de m'offrir un clavier maître et un ordi cohérent pour jouer et mixer de la musique. Mes tendons ont fini de se réparer, et depuis j’ai un rythme de travail assez régulier, piano et vocalises le matin, guitare et chansons l’après-midi.

J'ai enregistré des nouveaux morceaux, et cette fois je les ai diffusés publiquement, entre ma newsletter, Facebook et SoundCloud. J'ai eu pas mal de retours positifs, de personnes proches et moins proches. C'est touchant et c'est encourageant, alors merci à tous.tes pour vos petits et longs mots !

Aujourd’hui j’ai fini le quatrième volume des « Jojo Guitare ! ». Je l’ai mis sur SoundCloud avec les autres, et j’ai même mis le premier, pour que la série soit complète. Alors, oui, il n’y a que quatorze morceaux. Pourquoi ? Parce que le quinzième, c’était sensé être un a cappella de Meshuggah, en mode « screaming », et franchement, je vous l’épargne. C’est pas trop dur de comprendre ce qu’il faut faire pour chanter en hurlant comme Jens Kidman, mais par contre il faut le travailler longtemps pour que ça sonne bien, et pour pouvoir le faire sans se faire mal. Avant ça, c’est pas la peine de faire semblant. Par contre, c’est trop bien de gueuler hyper fort. Ça me rappelle évidement mes expérimentations vocales avec Le Grand Choeur Noise. C’est puissant, ça catalyse bien la colère et la frustration, ça me plaît.

Je ne sais pas ce que je ferai après cette série. Ce qui est sûr c’est que je vais continuer à travailler tout ça. Je ferai d'autres enregistrements, et oui, je m’imagine faire des concerts de guitare-chant à un moment. Inch’Allah, pour l’instant c’est pas d’actualité, je ne suis pas prêt, et puis le monde est englué dans la pandémie de Covid-19. D’une manière générale, je ne suis pas confiant quand à l’avenir. C’est très difficile de projeter quoi que ce soit dans ce monde qui veut continuer à faire semblant d'être rationnel, alors que tout s’effondre déjà.

Alors, je vais continuer ma petite tradition de dire quelques mots à propos du dérèglement climatique et des bouleversements environnementaux et sociaux, actuels et à venir. J'ai été touché par ce texte de la Dr. Malika Virah-Sawmy, qui parle de son parcours dans le développement durable, d'illusion, de désespoir et d'amour. La traduction est de moi, et ça se lit en quinze minutes.

« L'inévitable désespoir peut nous libérer des pièges de carrières imaginées dans une ère qui se termine. Nous valons tous plus que nos décisions et nos investissements passés. Nous pouvons tous trouver de nouvelles façons d'aimer la Terre et l'humanité dans l'épreuve du chaos climatique. »

Prenez soin de vous et du monde, comme vous pouvez,
et à bientôt pour de nouvelles chansons.

Johann

 


Tous les enregistrements sont sur SoundCloud.

Jojo Guitare ! Vol. 4

1. J'Suis Snob (Boris Vian/ Jimmy Walter)
2. The Sound Of Silence (Paul Simon)
3. Zombie (Dolores O'Riordan/ The Cranberries)
4. Ces Gens-Là (Jacques Brel)
5. La Meilleure Des Polices (Hamé/ La Rumeur)

Jojo Guitare ! Vol. 3

1. All Apologies (Nirvana)
2. One (U2)
3. Champagne (Jacques Higelin)

Jojo Guitare ! Vol. 2

1. Hurt (Trent Reznor/ NIN)
2. Coyotes (Bob McDill/ Don Edwards)
3. Famous Blue Raincoat (Leonard Cohen)

Jojo Guitare ! Vol. 1

1. How Insensitive (Antônio Carlos Jobim)
2. Mille Façons (Têtes raides)
3. Brothers In Arms (Mark Knopfler)

 


(english text)

Jojo Guitare

March 2d, 2021

One morning, early March 2019, I took my old electric guitar out of the cupboard and played.

It had been one year and a half without playing a single note. Nothing at all, since my last concert, with In Girum in Brest, with Sylvain Darrifourcq, and also the last time I flew, from Marseille to Brest. I remember the landing, I was listening to Starless by King Crimson and it was beautiful.

I've been carrying this guitar around for several years, I already had it in a cupboard when I lived in Geneva. It's a « semi-hollow » Framus from the early 1960s. It is the former guitar of my father, who died in 2013, and it is my only heritage. I've known it since I was born. It is beautiful and I love it very much. I cleaned it, bought some strings, and adjusted what I could. It's a precious old vintage guitar, and it should be entrusted to a luthier for a real restoration.

Everything became guitar rather quickly. I offered my girlfriend a classical one and taught her how to play. I visited the shops in Marseille, I tried some steel string guitars, I liked it, I wondered what I was doing with my life. I went to visit my long time friend Jean-Marc in Toulouse, and I learned to play the chords of Giant Steps, one summer in the sun, it was awesome. Plus it was his birthday and we had some drinks. It was crazy to rediscover his Real Book in the key of F, after all these years of experimentalo-noise and post stuff. It brought back a lot of memories, just by looking at these scores that I had seen daily, many years before.

Not long after that, a beautiful and generous muse, a little plump, allowed me to treat myself to the Lyre of the Damnation and of the Rebirth, that is to say a Kremona F-10, a beautiful acoustic, my guitar !

I immersed myself again in musical systems that I had more or less overflown, out of snobbery, fear, neurosis, ego-dumbery, in various proportions. It made me re-study and understand things. In the enthusiasm I did a small series of musical harmony lessons for a friend, in a casual tone, and then I made a small site out of it: http://www.edogm.net/harmonie (in French only unfortunately). And it seems to work, there really are people who have learned something from it, they told me!

From the beginning I wanted to play songs and sing, that was the main desire. After a year or so, I started to record some stuff, to evaluate myself, and to have some friends listen to it. This was the beginning of the « Jojo Guitare ! » series. At that time, in May 2020, I had a list of fifteen songs that I wanted to learn. I figured I'd do three every trimester or something like that, and in fact, that's what happened.

But right after the first recording, because I had put too much strain on my little muscles, I had to stop playing for three months to treat a double tendonitis in my left hand. It wasn't fun, but it allowed me, no it forced me to start working on the vocals separately. So I went up to the attic and bawled. I downloaded a piano app to get the pitch of the notes, and one day I found myself a bit dumb, sweating in the attic, in a tank-top, making « chords » on the « keyboard » of my « Perfect Piano ». I felt like a kind of big gap, between my former piano practice, hours and hours a day, the Steinways and Bösendorfers that I had played in front of hundreds of people, and my fingers clumsily sliding on the touch screen to do a C Major.

So at the summer solstice, a tall, beautiful and lustful vestal allowed me to treat myself to a master keyboard and a consistent computer to play and mix music. My tendons finished repairing, and since then I have been working at a fairly steady pace, piano and vocalises in the morning, guitar and songs in the afternoon.

I've recorded new songs, and this time I've released them publicly, from my newsletter, Facebook and SoundCloud. I've had quite a lot of positive feedbacks, from close and less close people. It's touching and encouraging, so thank you all for your little and long words !

Today I finished the fourth volume of « Jojo Guitare ! ». I uploaded it on SoundCloud with the others, and I even put the first one in, so that the series is complete. So, yes, there are only fourteen tracks. Why is that ? Because the fifteenth one was supposed to be an a cappella of Meshuggah, screaming, and frankly, I'll spare it to you. It's not too hard to understand what you have to do to sing screaming like Jens Kidman, but you have to work on it for a long time to make it sound good, and to be able to do it without hurting yourself. Before that, there's no need to pretend. However, it's too good to yell very hard. It obviously reminds me of my vocal experiments with Le Grand Choeur Noise. It's powerful, it catalyses anger and frustration, I like it.

I don't know what I will do after this series. What is certain is that I will continue to work on all this. I'll make other recordings, and yes, I imagine myself doing some guitar-vocals concerts at some point. Insh'Allah, at the moment it's not on the agenda, I'm not ready, and the world is stuck in the Covid-19 pandemic. Generally speaking, I'm not confident about the future. It's very difficult to project anything into this world which wants to continue pretending to be rational, when everything is already collapsing.

So I'm going to continue my little tradition of saying a few words about climate change and environmental and social disruptions, present and future. I was touched by this text by Dr. Malika Virah-Sawmy, who talks about her journey into sustainable development, about illusion, despair and love. It is a fifteen minutes read.

« The inevitable despair can release us from the trappings of careers imagined within an era that is passing away. We are all greater than our past decisions and investments. We can all find new ways of loving the Earth and humanity within the crucible of climate chaos. »

Take care of yourself and of the world, as you possibly can,
and see you soon for new songs.

Johann